Les discussions autour des logos, leur forme, leur couleur, leur charge symbolique sont le plus souvent ahurissantes. On imagine mal de l'extérieur le temps perdu par les patrons de petites boites en cogitations stériles pour pondre un grigri. On imagine encore plus mal dans les grands groupes la défonce des directions de communication, l'agitation des agences, et les conditions de verdict final par le Président, lequel sur cette question peut aussi bien se déterminer sur ce que lui auront dit sa femme ou sa maîtresse : j'aime pas, trop de vert, pas assez ci, trop ça... Ah oui c'est bien !

Mercedes : ultra-simple et impossible à confondre
Un logo, en fait, c'est quoi ? C'est un identifiant unique et incontestable : signatures sur l'argile des mésopotamiens, marques au fer rouge des propriétaires de ranches, ou signatures Mercedes, Citroën, Renault, Mitsubishi, Toyota aujourd'hui... L'objectif est de savoir tout de suite à qui on a affaire.
Le logo doit-il contenir une charge symbolique, une charge d'image ? Non ! Ce que signifie le double chevron de Citroën pour celui qui l'a dessiné, tout le monde s'en contrefiche. Le plus important n'est pas dans l'intention du concepteur, mais dans l'association qui se produit dans la tête du client : tel signe signifie telle promesse ou telle garantie implicite de prestation, de qualité... Au mieux, mais c'est l'exception, il arrive qu'il y ait un lien évident entre activité et design du logo (voir les logos de Woolmark ou de Mother and Child sur le site de Thierry Dulieu). C'est très exceptionnel.
Un logo doit-il être dessiné, stylisé ? Ce n'est pas obligatoire non plus. C'est simplement une convention, un usage mais qui n'influe en rien sur le business lui-même. L'archétype de tous les "bons" logos est celui de la marque Nescafé. Or ce logo est écrit. La typo est vieillote. Il est souvent présenté sur des fonds sombres ou marron très foncé (lesquels d'ailleurs avec le design des contenants participent à l'identification du produit). Mais, si moche soit-il (avis personnel), il signe une marque qui a quasiment mangé tout le marché du café domestique en Europe et contribué à tuer tous les torréfacteurs de quartier, en France et en Europe. Une magistrale réussite marketing. Un cas d'école. La conclusion à tirer de cet exemple est assez simple : ce n'est pas le drapeau, le blason, qui font les victoires. Ça se saurait ! Le plus important est bien évidemment le projet et la réflexion stratégique qui sont derrière le logo et les conditions de leur mise en oeuvre et de leur déploiement etc.

Nescafé : une marque... qui est son propre logo
Faut-il impérativement un logo ? Non ! Pour les petites entreprises ou entités, noyées dans un environnement concurrentiel très diffus, ce n'est pas une obligation. Un simple libellé, celui de la raison sociale, peut suffire sur le papier à en-tête, les cartes de visite ou les factures. Le logo n'est pas un facteur décisif dans la formation et l'entretien de leur marque, ni même une signature pour leur activité, et il compte pour rien comparativement à d'autres éléments qui peuvent être décisifs : la qualité, la rapidité, la disponibilité, le prix... et la formation d'une réputation efficace.
Les grandes entreprises, les grands organismes, ont besoin d'une signalétique constante et cohérente pour toucher leurs clients, leurs fournisseurs, leurs salariés, soit un public très vaste avec lequel elle ont des contacts parfois distendus ou ponctuels. Les problématiques soulevées par leurs logos sont assez complexes et justifieraient une évaluation au cas par cas. Deux remarques simplement :
- Les créations, vraiment originales et signifiantes, sont extrêmement rares. Une des réalisations les plus achevées est sans doute le logo de la RATP : un rond (Paris et sa banlieue) et la seine stylisée sous forme de visage qui traverse cet espace. Reste à savoir comment ce logo vieillira. Il ne tient pas en noir et blanc et immobilise la charte sur une dominante de vert très spécifique.

RATP : incontestablement signifiant
- Les agences à l'origine de ces créations ont une méthodologie très précise, très professionnelle, pour insérer et faire vivre de manière cohérente les logos sur tous les supports et vecteurs de communication des entreprises. Elle vendent aussi, un peu beaucoup, de la daube. De la mousse. Et font surtout payer le prix de leur propre notoriété auprès d'acheteurs qui cherchent avant tout à se rassurer. Une compression de voitures de César vaut fatalement beaucoup plus cher que celle d'un inconnu. Chef d'oeuvre ou oeuvre d'art d'un côté. Ferraille de l'autre !
Pour conclure, quelques remarques (dont certaines vont nécessairement faire bondir des amis créatifs ou designers) :
- un logo est un identifiant, un drapeau,
- il n'a pas besoin d'être corrélé à une activité. Son but est seulement de synthétiser quelques attentes (attentes clients par exemple),
- plus il est simple, plus il est facile à mémoriser, et plus facilement il émerge de la masse des autres logos,
- un bon logo doit nécessairement être solide en noir et blanc, pour pouvoir être décliné sur n'importe quel fond de couleur, n'importe quel produit, et durer ainsi dans le temps,
- il doit pouvoir facilement être réduit en taille et rester lisible (cartes de visites),
- idéalement, il doit pouvoir tenir dans un carré ou dans un léger rectangle. Trop haut, trop large, il peut être une gêne pour les maquettes, le design de packages...
- Le logo est loin d'être le seul élément constitutif d'une identité. Chez Alfa Romeo par exemple, le design spécifique des calandres est aussi puissant que le logo lui-même.
- ce n'est pas le logo qui fait la puissance de la marque, mais la marque, et ses promesses, qui finit par se résumer dans un logo,
- les créatifs surévaluent souvent leur contribution aux projets auxquels ils concourent. Et les très grandes agences, quand elles parlent de leurs créas, ressemblent beaucoup... à la mouche du coche, lequel continue bien évidemment d'avancer par ses propres moyens.