Auschwitz, triomphe du diable?... ou de la haine?

Trouvé chez embruns.net un lien vers un papier troublant, au sens propre du terme : "Auschwitz, triomphe du diable?" par Dang, chez koztoujours.fr .

Allez-y !

L''évocation d'Auschwitz me laisse toujours sans voix. Des hommes ordinaires qui se déshumanisent totalement, perdent toute compassion, et industrialisent la mort d'hommes, de femmes, de vieux, d'enfants, froidement, méticuleusement, c'est au delà de mes capacités de compréhension; ça me plonge dans une forme de vertige, dans un vide sans fond.

Où était Dieu alors ? Et est ce que ça a été un moment de déchaînement du diable ?

Je ne pense pas que ce soient les bonnes questions. Les hommes fonctionnent en permanence avec une forme de pensée "magique" : face à ce qu'ils ne comprennent, il leur faut l'explication d'une puissance extérieure à eux-mêmes. Quelque chose qui puisse les exonérer de leur responsabilité. Dieu, le diable, la magie, un envoûtement, les djinns...

Pas eu envie de commenter le papier de Koztoujours. Juste une idée à partager, qui n'ajoutera sans doute rien au débat qui s'est ouvert sur ce site : Il n'y a pas de diable là dedans. Simplement des hommes qui se sont saoûlés, drogués, à la haine, au mépris, au déni de l'autre. Des hommes qui avaient eux-mêmes des mères, des frères et soeurs, des enfants, et qui ont cadenassé leur propre humanité. La haine est négation, meurtre, effacement d'autrui et, en retour, meurtre de soi-même. La haine collective, hystérique, bestiale, est mortifère pour d'autres hommes et en retour pour le groupe, la collectivité qui s'en repaissent.

Je préfère les doux dingues ou les sages qui parlent d'amour. Ils parlent d'une écologie interne, d'une utopie (?), qui sont seules capables d'aider à traverser la vie sans nuire à autrui. J'apprécie beaucoup ces quelques citations :

"Si nous n’émettons que de bonnes pensées, aucun mal, aucune malédiction ne pourront jamais nous atteindre dans notre être. C’est pourquoi il faut toujours bénir et ses amis et ses ennemis. Non seulement la bénédiction va vers son objectif pour y accomplir sa mission d’apaisement, mais encore elle revient vers nous, un jour ou l’autre, avec tout le bien dont elle était chargée.
C’est ce que les soufis appellent "l’égoisme souhaitable". C’est l’amour de Soi valable, lié au respect de soi-même et de son prochain, parce que tout homme bon ou mauvais est dépositaire d’une parcelle de la lumière divine. C’est pourquoi les soufis, conformément à l’enseignement du Prophète, ne veulent souiller ni leur bouche, ni leur être par de mauvaises paroles ou de mauvaises pensées, même par des critiques apparemment bénignes". (Tierno Bokar)


"Si quelqu'un dit du bien d'autrui, ce bien et ces louanges lui reviennent. En réalité, il les dit pour lui-même. Quelqu'un a planté autour de sa maison une roseraie et des fleurs. A tout moment, son regard est fixé sur les roses et les fleurs. Il est au Paradis. On apprend à aimer celui dont on dit du bien. Et on apprend à détester celui dont on dit du mal. A son souvenir on n'imagine que scorpion, serpent, épines et broussailles.

Sois bon pour toutes les créatures, pour l'amour de Dieu,
Ou bien pour la tranquillité de ta propre âme
Afin que tes yeux voient toujours l'Ami.
La haine ne doit pas entrer dans ton coeur." (Djalal ud-din-Rumi)


"Ô frère, ton être est à l’image de ta pensée,

Pour le reste tu n’es que des os et des nerfs.
Si ta pensée est une fleur, tu es comme un parterre fleuri.
Si elle faite d’épines, tu n’es que ronces à brûler." (Djalal ud-din-Rumi)


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PS : Quelques heures après avoir publié ces quelques lignes, je suis tombé sur un article d'Agoravox : "Auchwitz, des photos inédites 60 ans après..."  qui fait lui même un lien vers une série de photos que met en ligne l'Holocaust Memorial Museum.  On y voit des SS, hommes et femmes, en charge de ce camp, en train de se reposer sur des chaises longues, de rire, d'écouter de l'accordéon...


Extrait de la conclusion du papier d'Agoravox :
"...Un simple travail d’introspection personnelle ou collective peut faire réaliser la part d’ombre qui sommeille en chacun. On touche à ce qui pousse n’importe qui à suivre un régime fanatique. Il faut partir du principe que chacun peut être un maillon génocidaire, passif ou actif, indifférent ou conscient. Oui, c’est ainsi...
Finalement, sans la moindre compréhension de ce qui pousse l’homme au pire, sans la moindre acceptation du fait que chacun peut être capable du pire, il n’y a pas réellement d’espoir d’annihilation de ce fond reptilien. On retrouve cette part d’ombre dans l’ampleur tout aussi brutale du génocide rwandais... Une forme de filiation entre ces massacres démesurés et les recettes macabres des crimes de guerre existe-t-elle ? Une similarité funeste ne se retrouve-t-elle pas en ex-Yougoslavie ou tout simplement au Darfour. L’échelle est différente, mais les rudiments barbares à la base de ces déferlantes de haines sont assez proches. On ne doit pas certes comparer les choses, mais il y a un maillage de réactions communes dans les barbaries..."

Tant-Bourrin   Le 2007-09-26 20:27:12
Je partage ton idée : pourquoi chercher le diable derrière ces flots de haine à l'état brut ? Il n'y a que l'homme et sa haine de l'autre, hélas... :~/
Abs   Le 2007-09-27 09:46:59
Oui, et en attendant, pendant qu'on lit la lettre de Guy dans les ecoles, histoire de s'acheter une conscience resistante, l'holocauste disparait des programmes de la classe de Cm2

dingue hein ?
leblase   Le 2007-09-27 12:27:51
J'ai vu toute la collection de photos représentant ces fonctionnaires du meurtre, se reposant sur les transats, buvant un coup ou bavardant, écoutant de l'accordéon...
Toujours souriants, amicaux.
alors que certains d'entre eux sont les patrons d'Auschwitz, de Birkenau; alors que certains sont des médecins, dont Mengele..
Cela se passe juste à côté de leur lieu de travail, qu'à l'évidence ils ont totalement normalisé dans leur tête.
Un lieu où ils se rendaient tous les jours, perpétrant leurs monstruosités dans le plus grand calme et la plus grande routine, comme si la matière de leur travail n'était pas l'humain, femmes, enfants, vieillards, hommes par centaines de milliers, par millions..

Ce qui fait de l'holocauste ce crime si particulier c'est que, s'il y a certainement eu de la haine à la source du système, ce n'est ensuite devenu qu'un travail d'administration, de gestion, d'industrialisation...
C'est aussi pourquoi cela ne pouvait être commencé que dans un pays industriel, à l'administration rodée, déshumanisée.
C'est pourquoi cette "chose" fait si peur: cette normalité souriante.
Yves   Le 2007-09-27 15:56:54
Leblase > Je ne sais pas où j'ai lu que les hutus, quand ils ont massacré les tutsis, procédaient de même : ils faisaient un "travail" entre 8h et midi; ils allaient déjeuner et ils s'y remettaient entre 14h-18h.
Le papier d'Agoravox touche juste en parlant de fond reptilien en l'homme. Cette part là, on l'a vue aussi à l'oeuvre au Cambodge, qui n'était pas un pays particulièrement développé. Elle est effrayante.
leblase   Le 2007-09-27 17:15:56
Le Cambodge n'était pas un pays développé au sens Occidental, certes, mais les chefs et concepteurs de cette épuration venaient tout droit de la Sorbonne et d'une lecture aberrante d'un certain Karl Marx.
La dérive intellectuelle d'une théorie déjà bien abstraite, malgré sa revendication de réalisme matérialiste!
(Pour le Rwanda, je pense que c'est dans le livre d'Hatzfeld que tu as lu ces détails)
kalima   Le 2007-09-27 19:00:55
En regardant ces photos, je me suis souvenu d'une phrase de Primo Lévy lue dans "A la recherche des racines" : :

« Il n’y a pas de démons, les assassins de millions d’innocents sont des gens comme nous, ils ont notre visage, ils nous ressemblent. Ils n’ont pas un sang différent du nôtre »
leblase   Le 2007-09-28 23:54:30
Kalima,
C'est une citation très pertinente.
La force de Primo Levi vient justement de cette simplicité, de la reconnaissance tranquille, calme, que tous ces actes ont été commis par des humains, et non des monstres.
Il permet de comprendre que tout cela peut recommencer, que tout cela peut même naître en nous, et qu'au bout du compte, là est le vrai danger.
En évitant le pathos émotionnel et l'indignation courroucée ou l'offuscation (l'indignation est si facile qu'elle est parfois suspecte), il fait passer dans toute son oeuvre le message de façon beaucoup plus forte.
abs   Le 2007-09-29 10:20:31
Oui hein c'est un peu ce que j'ai essayé de dire en vous signalant que l'holocauste disparait des programmes , mais bon apparemment le danger vous echappe , là....je pense que j'aurais du mettre des guillements et signer secundo cohen : peut etre vous auriez entendu. :)
GW   Le 2007-09-29 11:51:40
Rien à rajouter si cen'est l'évidence: l'homme est à la base un animal avec des instincts bestiaux, ceci indépendamment de toute instruction ou contrainte sociologique. Ces deux vernis de civilisation s'écaillent vite. L'exemple le plus frappant est la folie du sang, lors d'une dispute quelqu'un met un coup de couteau. Il pourrait en mettre un second bien placé pour assurer le coup si tel est sa volonté. Mais non, très souvent, c'est 40, 60, 80, 100 coups de couteau dans un état de frénésie bestiale qu'il ne peut expliquer après. Phénomène bien connu de tous les juges d'instruction, ou presque.
GW
ps: pourquoi il y a une équation à trois inconnus Yves en bas de ta fenêtre commentaires, à chaque fois que je veux poster un comm' je suis obligé d'appeler up pote pour m'aider.
Yves   Le 2007-09-29 12:15:34
Abs > C'est effectivement dingue, comme tu le dis, que l'holocauste ait disparu des programmes de la classe de Cm2 !
GW > petite solution pour arrêter (limiter plutôt) le spam de robots qui te pourrissent les commentaires avec des messages et des liens dont on n'a rien à battre.
Tietie007   Le 2007-10-07 14:59:42
Auschwitz où la mort érigée en industrie ...
serriole   Le 2009-09-06 12:27:46
CITATION : "Finalement, sans la moindre compréhension de ce qui pousse l’homme au pire, sans la moindre acceptation du fait que chacun peut être capable du pire, il n’y a pas réellement d’espoir d’annihilation de ce fond reptilien. On retrouve cette part d’ombre dans l’ampleur tout aussi brutale du génocide rwandais..."

Rien à redire sauf "part d'ombre". Vue (à priori) manichéiste du réel. ombre et lumière (comme pour bien et mal - autre discussion). Il faut d'abord se rendre compte que le réel n'est pas sombre ou lumineux au sens figuré mais que nous le qualifions de sombre ou lumineux. Tout comme nous voyons le bien ou le mal, qui ne sont que des termes moraux cherchant à décrire le réel dans un but 'utilitariste'. Il n'y a pas l'un sans l'autre, ils ne sont donc pas opposables mais complémentaires.
Comme humain, je suis (aussi) reptilien ce n'est pas de l'ombre c'est un constituant indispensable (je pense que c'est démontrable). Si je n'étais pas reptilien je ne serais pas non plus humain. Merci de ne pas ignorer ce fait.
J'adhère, au moins de loin, au propos qui associe le comportement reptilien à un comportement non raisonné, irraisonné, qui pousserait les humains aux massacres de ses congénères. Mais attention, à priori les reptiles et aucune espèce ne fait de même. Donc attention à l'association facile d'idées entre reptilien et animal, ou sauvage ...
On revient aux propos initiaux quand on remarque que les plus hautes autorités nazies étaient des gens très éduqués. On ajoutera que leur éducation élitiste est toujours en cours, toujours un objectif dans nos civilisations malades (car destructrices de leur milieu de vie)...
glentir   Le 2010-08-21 16:00:49
L'holocauste peut prendre d'autres formes moins visible.
L'homme est trop soumis à l'autorité voir le livre de Stanley MILGRAM et les écrits d'Albert EINSTEIN.
Dès que l'on accepte de marcher au pas on est fichu .

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