Utilisation de la rosée en zone aride : un fantastique travail de l'OPUR
Utiliser la rosée, en particulier en zone aride, est une magnifique idée... qui continue de soulever plein de scepticisme. Et pourtant ça fonctionne, grâce au travail inlassable, et encore trop peu connu, de Daniel Beysens et d'une équipe de chercheurs français regroupés au sein d'une petite organisation, l'OPUR (Organisation Pour l'Utilisation de la Rosée - International Organization For Dew Utilization). Le rêve de départ, sans doute un peu dingue, a pris corps : on peut désormais récupérer de l'eau pratiquement partout, particulièrement dans des zones désertiques. Et ce peut être là une réponse au manque d'eau potable, à l'épuisement des nappes phréatiques, à l'impossibilité d'entretenir des arbres ou des plantations...
La video ci-dessous provient du site OPUR. Elle montre ce qui a été réalisé dans l'état du Gujarat en Inde. C'est impressionnant. Pour qui a vécu dans des pays chauds, l'eau c'est la vie.
Pour plus d'information sur cette opération, il faut aller sur ce lien des bulletins de l'Opur et télécharger ce PDF.
Le meilleur article pour comprendre ce que fait l'OPUR, en tout cas le plus simple et le plus clair, a été rédigé par Isabelle Bellin et publié par "les Echos" le 27/04/2007 sous le titre "une usine pour boire la rosée à la bouteille". Juste une toute petite correction : l'eau recueillie n'est pas nécessairement "potable". Elle peut être souillée (particules, acidité...), d'où la nécessité de la traiter avant de la consommer.
Cet article des Echos, le voici :
"Une « usine de rosée » est en construction en Inde. Elle produit jusqu'à 350 litres d'eau potable par nuit.
Gouttelette après gouttelette, la rosée est une formidable source d'eau potable gratuite, un cadeau du ciel qui apparaît partout dans le monde, même dans les zones désertiques, et fait rêver depuis longtemps, d'autant plus dans le contexte des pénuries croissantes annoncées. Encore faut-il parvenir à recueillir cette eau avec des rendements suffisants et dans des conditions intéressantes d'un point de vue économique.
Ce rêve est en passe de devenir réalité grâce aux recherches initiées il y a une dizaine d'années par Daniel Beysens, directeur de l'Eseme (Equipe du supercritique pour l'environnement, les matériaux et l'espace), un laboratoire commun CEA-ESPCI-CNRS. La première « usine à rosée » est en construction sur la côte aride du Gujarat (nord-ouest de l'Inde). Déjà 850 m2 au sol condensent la rosée sur ce terril d'une mine à ciel ouvert, remodelé sous forme de grandes rigoles. A terme, ce condenseur géant s'étendra sur 12.000 m2.
A première vue, le principe est simple : des tranchées, recouvertes d'un isolant thermique puis d'un film spécial, recueillent la rosée, acheminée vers un réservoir. Filtrée et désinfectée, l'eau est mise en bouteille. Une manne inespérée pour des communautés qui manquent cruellement d'eau.
Refroidissement naturel
Pourtant, beaucoup s'y étaient cassé les dents. « L'idée m'est venue en observant de la buée un matin dans ma voiture, raconte simplement Daniel Beysens. La façon dont les gouttes se formaient, fusionnaient, comment le halo de lumière que j'observais changeait quand je soufflais dessus ! » De la buée à la rosée, il n'y a qu'un pas que ce spécialiste des transitions de phase a vite franchi. Il s'est intéressé au « point de rosée », ce point qu'atteint l'air quand son humidité relative dépasse 100 %. La vapeur d'eau se condense alors. La nuit, il suffit souvent de refroidir une surface de quelques degrés seulement. « Nous avons donc cherché comment réaliser des revêtements qui se refroidissent naturellement, explique-t-il. La clef est venue du refroidissement radiatif, le refroidissement naturel de tout objet lorsqu'il émet des radiations infrarouges. »
L'équipe a ainsi mis au point des revêtements à forte émission infrarouge, incorporables dans des films plastiques (polyéthylène) et récemment dans des peintures. Ils contiennent des microbilles d'oxyde de titane ou de sulfate de baryum, mais aussi un savon alimentaire insoluble pour que les gouttes glissent bien sur la surface. En recouvrant ainsi sols ou toitures, la température du condenseur est abaissée de 4 à 10o C : le point de rosée est atteint dès le coucher du soleil et le rendement de condensation nettement accru, jusqu'à 0,7 litre par mètre carré en une nuit.
0,4 euro le mètre carré
« Avec Marc Muselli, de l'université de Corse à Ajaccio, nous avons mené notre première expérimentation en 2000, sur un toit de 30 m2, précise-t-il. D'autres ont suivi, en Croatie, en Polynésie française, en Israël... Cette semaine, nous inaugurons une expérimentation au Maroc, avec l'université d'Agadir : d'ici à un an, de 300 à 500 m2 de toiture ou au sol devraient ruisseler de rosée, donnant 100 à 250 litres d'eau par nuit. Nous sommes aussi en train d'établir une cartographie mondiale des sites de rosée. »
Le projet indien, qui devrait à terme permettre de récupérer entre 1.200 et 6.000 litres d'eau potable selon les nuits, est le plus abouti. Il est mené par Girja Sharan, de l'Indian Institute of Management, en partenariat avec l'Opur (Organisation pour l'utilisation de la rosée), association créée en 1999 par l'infatigable Daniel Beysens. Un autre projet de 600 m2 est en construction 40 km plus loin. L'Opur coordonne toutes ces expérimentations, dans le monde entier.
Combien coûte cette feuille radiative si prometteuse ? « En Europe, autour de 2 euros le mètre carré, promet Daniel Beysens. Les peintures seront un peu plus chères, mais beaucoup plus faciles à mettre en oeuvre. » En Inde, en raison du coût réduit de la main-d'oeuvre, les feuilles reviennent déjà à 0,4 euro par mètre carré. Souhaitons à tous ces projets que le vent ne soit pas trop fort et le ciel clair, conditions idéales pour former de la rosée."
*** Un des meilleurs moyens d'aider sur le net les personnes qui bossent à l'OPUR est de faire un maximum de liens vers leur site en mentionnant les mots rosée, utilisation, eau, dew, water, harvest... Ne vous privez pas !
On en rêve...
hummmmm
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