Jimmy Goldsmith avait raison

En faisant une recherche sur Jimmy Goldsmith, je suis tombé sur un article de Dominique Nora, intitulé "l'extravagant Sir Goldsmith", dans le Nouvel Obs, en date du 14 octobre 1993. Pas si extravagant que ça! Simplement hyper-réaliste et briseurs de tabous.

Jimmy Goldsmith avait raison. Extraits :

"Mais le grand gourou s’'est trouvé aujourd’'hui un nouveau combat contre le libéralisme commercial en général et le GATT en particulie (2). «Parce que le monde a changé!», tranche Goldsmith. Avec l’'effondrement du communisme et la possibilité de transférer instantanément capitaux et technologies, sont apparus en Asie du Sud-Est, en Chine, en Russie, en Europe de l’Est de nouveaux et terribles compétiteurs qui déstabilisent nos sociétés. «Il ne s’agit pas simplement de main-d’œ'oeuvre à meilleur marché, mais de conditions totalement différentes, comme si l’'on avait affaire à un autre monde ou à une autre planète!» Et l'auteur de souligner que «le libre-échange ne peut fonctionner valablement qu'entre économies relativement homogènes...».


Les économistes libéraux affirment qu''au nom des théories de la spécialisation et de l''avantage comparatif chères à David Ricardo, chacun doit abandonner les secteurs où il n'est pas le plus efficace et, pour le reste, s'aligner sur le pays le plus compétitif. «Absurde! s'insurge Goldsmith. D'abord, on ne peut pas améliorer notre productivité de 95 %. Ensuite, ce n'est pas en s''appauvrissant que l''on va enrichir les autres. Cela revient à s''autodétruire pour servir un mythe.» Le credo libre-échangiste conduit en effet fatalement nos entrepreneurs à délocaliser leurs usines dans les régions à bas coût du travail, ou bien à se spécialiser dans des secteurs peu consommateurs de main-d'oeuvre. Résultat: les pays industrialisés sont rongés par un chômage chronique, et «le coût de la misère et de la déstabilisation sociale (...) blesse si profondément qu'il n'est plus chiffrable».

Alors il faudrait tuer le GATT et protéger l''Europe? Pas de doute: à l''heure où le dogme du libre-échangisme mondial règne sur la planète de Washington à Pékin, de Bruxelles à Tokyo, Goldsmith prend un malin plaisir à briser le tabou. «Il ne faut pas avoir honte de prononcer le mot protectionnisme, affirme l''iconoclaste. Dans les conditions actuelles, c''est de ne pas le faire qui serait honteux.» Goldsmith n'est bien sûr pas le seul à soutenir cette thèse. Dans sa bouche, cependant, le mot prend une saveur particulière. Souvenez-vous: en octobre 1986, Jimmy Goldsmith, déjà raider émérite, lance son assaut boursier contre le groupe américain Goodyear. Le numéro un mondial du pneu, qui s'est selon lui égaré dans des diversifications pétrolières et aéronautiques douteuses, devient une proie facile à Wall Street.

La bataille épique entre le flamboyant prédateur européen et le management très traditionnel de Goodyear, appuyé par la ville-entreprise d''Akron (Ohio), culmine en une audition mémorable devant une commission du Congrès américain. Aujourd'hui encore, les salles de Capitol Hill résonnent des attaques méprisantes de sir James contre ces «bureaucrates des entreprises à bout de souffle qui, exposées aux pressions du marché libre, vont quêter protections et subventions auprès des bureaucrates d''Etat... afin de sauvegarder leur statu quo et de conjurer le changement»... Le financier serait-il passé du côté de ces «corpocrates» qu'il a tant dénoncés? «Pas du tout! répond-il. L'une des principales fonctions du libre-échange est de créer des conditions saines de concurrence. Seule la compétition assure une pression sur les prix, stimule l'innovation technologique et encourage la diversité... Mais rien ne dit que cela doive se faire à l'échelle de la planète. Un marché libre européen de 345 millions d''habitants est largement assez grand pour qu'y règne cette indispensable concurrence.»

Jimmy confirme d'ailleurs dans «le Piège» son inquiétude devant le gigantisme et sa croyance en la nécessité d''un tissu diversifié d''entreprises industrielles, artisanales et agricoles.

Autrement dit, l'Europe version Goldsmith ne devrait importer que ce qu'elle ne sait pas produire. En revanche, elle ne doit pas dresser de barrières face aux investissements étrangers: Japonais ou Coréens pourraient venir y fabriquer des téléviseurs mais dans les mêmes conditions de concurrence que les Européens."


Tant-Bourrin   Le 2008-09-10 06:28:11
C'est sûr que l'on n'entend pas assez ces vérités simples dites avec clarté et force... Mais c'est tellement mieux pour l'audimat de parler de Carlita ou de la grossesse de Rachida... :~/

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