La médisance
Trouvé chez Ardalia ce lien vers un magnifique billet d'Otir sur la médisance. Je le reprends tel quel :
Il était une fois un homme qui dit à ses voisins des choses méchantes sur le rabbin.
Plus tard, il se sentit très mal d’avoir médit et il supplia le rabbin de le pardonner. Le rabbin répondit qu’il accorderait son pardon à l’homme … si celui-ci perçait un oreiller de plume et laissait celles-ci s’envoler au vent.
L’homme fit ce que le rabbin lui demandait et, alors qu’il s’exécutait, les plumes s’envolèrent dans toutes les directions. Certaines volèrent au-dessus des maisons, d’autres empruntèrent les rues, ou atterrirent dans des buissons. Il y en eu même qui disparurent complètement.
« Vas-tu me pardonner maintenant ? » demanda l’homme. « Oui, je vais te pardonner », répondit le rabbin, « aussitôt que tu auras recueilli toutes les plumes. » « Mais c’est impossible ! » s’écria l’homme en montrant du doigt les toits, les rues, les arbres et les buissons. « Tu as raison », répondit le rabbin, « quand on dit du mal de quelqu’un, le mal se répand comme ces plumes, dans toutes les directions. Il est impossible de récupérer complètement ce qui a été dissipé. »
Je me suis rendu compte après coup qu'il y avait une faille dans la manière dont cette histoire est racontée, faille qu'on ne retrouve pas dans d'autres traditions où ce n'est pas l'offensé lui-même qui explique et accorde ou non son pardon : celui qui enseigne est totalement extérieur aux faits; il se contente d'expliquer, de montrer l'erreur, ses conséquences, et les moyens de la corriger pour rétablir l'harmonie dans un groupe social et conduire à une forme de paix personnelle.
Dans un livre que j'ai découvert récemment, "Jésus parlait araméen", il est expliqué que ce qui est traduit pas péché, signifie seulement erreur, dans le sens d'une erreur mathématique, laquelle provoque un résultat faux. Le tout, sans moralisation inutile et sans ces rajouts de culpabilité, d'humiliation maso, ou de condescendance un peu sado, qu'ont fini par introduire les religions exotériques. Je pense que ce sont ces rajouts qui vous "gênent" dans le pardon, en quoi vous avez raison.
Il s'agit seulement de comprendre que la médisance provoque des résultats disharmonieux, des désordres, difficiles à corriger totalement; le premier pas à faire consiste pour l'auteur de la médisance à reconnaître qu'il a commis une erreur devant celui qu'il a blessé. Cette simple reconnaissance le libère et peut libérer aussi la "victime" en arrêtant sa colère, sa rancoeur, ou les sentiments troubles qu'il peut avoir. Dans tous les cas, elle peut conduire à instaurer ou à restaurer des relations pacifiées. Dans le même esprit, et pour aller un peu plus loin, celui qui n'accorde pas son pardon... se fait seulement du tort à lui même.
Aborder le sujet sous le seul angle spirituel, sacralisant le pardon de par la « mansuétude » d’un acte réservé aux seuls Dieux me semble autant erroné que l’amalgame de mise entre l’erreur et la faute amenant l’homme à se substituer à quelque « pontificale » entité…sans chercher à évoquer Dieu.
Le pardon ce n’est pas l’oubli de la faute commise et dont on ne se souviendrait plus. Au contraire, il convient de tenir comme une grâce de garder en mémoire la faute dont nous avons été pardonné. Comment, moi qui t’ai blessé à ce point, tu m’aimes encore ? C’est l’expérience assez commune mais ô combien fondatrice des fiancés qui après le temps amoureux s’aperçoivent que l’autre n’est pas si terrible que cela, que l’on n’a pas su se montrer sous son meilleur jour et que l’on a cru le perdre par ce que l’attitude était tout sauf séduisante. Et voilà que celui qu’on aime et que l’on a blessé nous choisit en pleine connaissance de cause. C’est là que se situe le véritable miracle de l’amour.
Le pardon ce n’est pas la disparition de l’autre par l’éloignement ou la mort (naturelle bien sûr).
Le pardon ce n’est pas l’excuse ou la compréhension. Car en définitive, on peut comprendre une erreur, le mal est ultimement toujours inexplicable.
Demander le pardon, ce n’est présenter ses excuses en disant « je m’excuse » ce qui serait encore une manière de renoncer à demander le pardon. Quoique meilleur, ce n’est pas non plus prier d’être excusé qui suppose cependant une plus grande vulnérabilité et une confiance en l’autre…
Bien au contraire d’une preuve de mansuétude le pardon consiste à renoncer à sa propre justice au profit de la résurrection, de la transfiguration d’une relation malmenée et peut-être mortellement blessée. Il s’agit de renoncer délibérément à sa justice pour être de nouveau ajustés les uns aux autres dans un projet de vie commun que l’on préfère en définitive au goût de mort qui commençait à s’installer. Le pardon, c’est la folle initiative face à l’inexcusable d’offrir un avenir commun aux deux protagonistes. « Crois-tu, dis l’offensé, que jamais je ne ferai mémoire de ce passé douloureux entre nous contre toi ? Crois-tu nous dis Dieu que toute cette souffrance qu’il y a entre nous a redoublé mes efforts pour te permettre de vivre de ma vie et de mon Esprit ? »
Et l’on comprend sans doute combien il est inutile de fantasmer sur un pardon qui rendrait la vie comme avant. Ce n’est pas vrai. Le pardon permet d’assumer le passé, pour tenir le cap de l’avenir dans un présent renouvelé, approfondi, densifié du miracle espéré et inespéré, attendu et inattendu de la confiance rendue. La qualité du pardon ne va donc pas se mesurer à l’absence de blessure ou encore à l’absence de saignement à telle ou telle autre occasion mais il se mesurera aux gestes quotidiens de nouveau possible.
Tout cela nous mène plus loin que la mansuétude dont tu parles, un état à mon avis plus proche de l’humilité et de l’acceptance de l’évanescence des choses…de notre propre évanescence….
Cordialement
kb
ps: Yves, t'es encore en pour parler avec les gens des saintes écritures? chui plus sur la blogroll !! :)))
Dixit : Ma grand-mère,...il y a longtemps
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Ça marche aussi avec une boîte de petits pois, mais c'est moins poétique ! :~)