Que se passe-t-il dans la tête d'un sdf ?
Que se passe-t-il dans la tête d'un SDF? Quand il fait froid. Quand la nuit est tombée. Quand on est posé, assis sous la lumière blafarde d'un arrêt de bus. Attente ? Attente de quoi ? Suspension du temps dans la tête ? Idées arrêtées ?

photo empruntée sur le site Tsewa
Hier, je suis allé chercher mon gamin vers 20h à la sortie du RER. Je me suis garé face à l'arrêt de bus. Et j'ai vu un homme assis qui attendait. Il n'avait pas de sac. Homme échoué sur un banc. Mains avec de gros doigts rouges. Visage bouffi.
Pas une tune en poche. De toute façon, il ne demandait rien. Aucune demande quand le flot des voyageurs est sorti. Rien. Il s'est levé, s'est mis à l'ombre et a tourné le dos. Puis il est revenu s'asseoir. Il y a pas loin un abri pour les SDF. Peut-être attendait-il quelqu'un pour l'y amener.
Pensé à ces bouts de bois que la mer rejette, tournés, retournés, barattés par les vagues, reliefs polis par le sable, couleurs lavées par l'eau et le soleil. Avant, morceaux d'une barque peut-être, morceaux d'un ensemble en tout cas, tenus et liés par d'autres, avec l'identité que leur donnaient ces liens. Aujourd'hui, pièces de bois qui traînent. Sans autre utilité que d'aller au feu.
Est ce qu'à force de tempêtes et d'éclatements dans sa vie, à force de solitude et de non buts, à force de temps d'inutilité et d'attente, on finit par être traversé par le temps, par engourdir ses pensées comme le corps s'engourdit par le froid ? Est-ce que quand on est entré dans une désespérance froide, gluante comme le quotidien, au delà des pleurs et des signes de souffrance ou de détresse, on n'en revient jamais ?
Mon fils est arrivé. Tu l'as vu ? Oui. Tu as quelque chose sur toi ? Non, je viens de filer mes fonds de poche ... c'est gênant d'aller le voir, il ne demande rien.
On est repartis. Conne de vie ! Quelle pudeur, ou quelle lâcheté, nous interdit d'aller vers l'autre pour lui dire : De quoi as-tu besoin ? Comment puis-je t'aider ?
Me suis remémoré ce matin ce conte initiatique :
C'est un chercheur de vérité qui après des années d'errance et de quête arrive chez un Maître pour lui demander la sagesse et l'illumination. Le Maître lui dit : rends-toi dans telle ville, à telle porte, tel jour, la personne capable de te les donner y sera. L'homme se rend au lieu indiqué, regarde les passants, attend, attend... Le lendemain, il retourne dépité chez le maître qui lui explique : la seule personne qui pouvait te donner ce que tu cherches était bel et bien là, mais tu es tellement centré sur toi, sur tes idées et sur ta quête que tu ne l'as pas vue. C'était le plus faible de tous, c'était ce vieux porteur de fagots qui s'est fait sévèrement maltraiter par les gardes et dont tu n'as pas pris la défense.
Ajouter un commentaire
j'espère que nos échanges continueront à travers nos blogs,