Raisons du 11 septembre : des regards différents sur la lune, sur la beauté...

Le blog de Kalima est plein de poésie et de sagesse. J'apprécie vraiment beaucoup le post qu'il publie à nouveau sur les raisons du 11 septembre : "Une autre vision du 11 septembre."

Rien à voir avec ce qu'en disent les experts en politique. On est dans un tout autre registre, et sur d'autres causes plus profondes, des causes qu'a abordées Amin Maalouf dans "Identités meurtrières". Les arabes ont un regard différent du nôtre sur la beauté. Pourquoi pas ? Ils ne voient pas la lune comme nous, ils ne pensent pas comme nous. Les chinois ou les japonais non plus d'ailleurs : les sources de leurs rires, les sens de leurs "non" ou de leurs "oui" nous surprennent bien souvent.


Voici ce qu'écrit Kalima :

"A l'occasion de l'anniversaire des événements du 11 septembre, je remets en ligne un billet que j'avais publié à l'occasion de ces événements. Hélas, il est toujours d'actualité :

La nuit dans le désert, le ciel est d’une profondeur religieuse, profondeur accentuée par la nudité du paysage. Les étoiles semblent y être des milliers de torches allumées pour célébrer la déesse lune, pour rendre plus éclatante sa transparence et plus profond son mystère.

Face à ce paysage, les Arabes accordèrent une grande importance à la lune. Ils adoptèrent le calendrier lunaire, et deux des piliers de l’Islam, le ramadan et le pèlerinage à la Mecque, sont déterminés par l’astre de la nuit. Bref, la lune devint pour les Arabes le symbole de la perfection, du mystère et de la grâce. Jusqu’au jour où les Américains posèrent leurs pieds sur la lune. Ils montrèrent alors un paysage de désolation. La lune n’est que ravins et poussière. Elle ne brille d’aucune beauté, elle ne recèle aucun mystère.

Ce fut un petit pas boiteux pour les Américains, et un grand pas dans le vide pour les Arabes.

Cette parabole peut servir comme grille de lecture, parmi tant d’autres, des malentendus entre l’Islam et l’Occident. Elle peut nous éclairer sur le fait que la modernité incarnée par l’Occident bouleverse les valeurs de la majorité des êtres humains, en démystifiant et en désacralisant le réel, sans pour autant les faire bénéficier de ses bienfaits, ni donner sens à leurs destins individuels et collectifs.

L’Occident doit revoir son rapport au monde et aux autres. L’arrogance que lui procure sa puissance technique et scientifique ne peut le conduire qu’au reniement de ses valeurs, des autres, et finalement de lui-même.

Par ailleurs, les musulmans doivent prendre conscience qu’ils peuvent rendre sa beauté à la nuit de plénitude, à condition de repenser leur vision du monde et leur passé. «La beauté n’existe que dans les yeux de celui qui la regarde», chantait l’un de leurs poètes. Ils doivent rechercher les causes de leur déclin d’abord en eux-mêmes, au lieu d’en accuser toujours les autres."


Saïd Baïlal


Marc   Le 2007-09-10 22:47:04
Kalima est tout à fait intéressant et attachant. Je viens de parcourir son site. Merci de me l'avoir fait découvrir.
J'aime aussi beaucoup ta nouvelle maquette. Ton site est très lisible.
Tant-Bourrin   Le 2007-09-11 05:13:31
Pleurez Pierrots, poètes et chats noirs,
La Lune est morte, la Lune est morte.
Pleurez Pierrots, poètes et chats noirs,
La Lune est morte ce soir...

Les Frères Jacques (http://www.paroles.net/chansons/17628.htm)

Il n'y a pas qu'en terre d'Islam que les pas de l'homme sur la Lune ont brisé un bout de rêve... :~)
Yves   Le 2007-09-11 08:54:49
Marc > c'est un vieux gabarit de base, en 2 cols, que j'ai ressorti ; marre des images en bandeaux qui finalement prennent beaucoup de place et n'amènent pas grand chose.

TB > Je suis allé sur le site que tu indiques.

"Un homme marche sur le sol
De ce vieux miroir de vos rêves
Et c'est votre cœur que l'on crève.
La corde qu'on vous passe au col !
Il va falloir aller plus loin,
Par delà des millions d'étoiles
À la recherche de l'étoile
Qui vous fera rêver demain..."
Yael   Le 2007-09-11 10:14:44
En effet un regard "poetique" sur un jour cauchemardesque.

Quand Kalima intitule "raisons du 11 septembre", et continue par "les americains poserent leur pieds sur la lune et montrerent un paysage de desolation" c'est une facon "poetique"- pour ne pas dire hypocrite- de dire que quelque part, ils l'ont bien merite, leur 11 septembre.

Et moi je trouve cela terrible.
Yves   Le 2007-09-11 10:36:33
Yael > c'est étrange que tu ressentes ce texte de cette manière. Je ne vois rien d'hypocrite, de polémique ou d'accusateur dans les mots de Kalima. Pour ma part, j'y vois simplement un regard très, très, distancié sur un moment particulier de chaos et sur une fracture qui va malheureusement croissant entre une société ou une civilisation de plus en plus technicienne et une autre qui se rétracte sur son passé et ses mythes.
abs   Le 2007-09-11 16:27:08
Je dois mal comprendre, Yves, je comprends mal qu'on puisse même être distancié par rapport a un truc pareil. je trouve aussi que parler de "retraction vers le passé et le mythe" pour definir / parler d'un attentat terroriste c'est un peu trop poetique comme vision des choses, ca edulcore du deja pas sucré.
Matthieu   Le 2007-09-11 18:04:58
C'est qu'il y a de bien avec la distenciation du regard, c'est qu'on peut dire n'importe quoi, qu'il existera toujours des gens pour s'émerveiller devant la "poésie".
Sinon, on peut en retenir que la lune, c'est joli, mais que marcher dessus, c'est comme mettre un pied dans la merde.
Et je suis d'accord avec Abs (et avec Yael, mais je suis toujours d'accord avec Yael de toutes façons): faire de la poésie ici, c'est comme vouloir envahir l'Iraq avec des Twingo; c'est complètement con.
Fiörgyn   Le 2007-09-11 18:26:43
pas mal, pas mal, et cela change de tous ces articles de commémoration/révélations qu'on sort systématiquement chaque année depuis 5 ans
Yves   Le 2007-09-11 18:38:30
Abs > Est ce que tu as déjà vu un enfant mourir de faim ? Chaque jour, des hommes, des femmes et des enfants meurent de faim en plus grand nombre que la totalité des victimes du 11 septembre. Et c'est tous les jours, tous les jours. Multiplie ça par 365 et par x années, et c'est une ville comme New York qui a été rasée en quelques années. Dans l'indifférence.
Quelle que soit la compassion qu'on peut avoir pour les familles des victimes du 11 septembre, quels que soient la colère et le dégoût qu'on peut éprouver face aux cinglés auteurs de cet attentat, on peut aussi être écoeuré du traitement médiatique qui en a été fait, à des fins politiques : Le même pognon, véritablement abyssal, qui a été dépensé pour essayer de mettre la main sur les gisements pétroliers irakiens, et qui est la cause de la mort de 300 ou 400.000 personnes en Irak, suffirait très largement à donner de l'eau potable à tous les hommes sur terre, à endiguer les famines, à faire décoller les économies des pays pauvres...
A ta question de savoir si on peut se distancier, pour moi la réponse est oui, on le peut. Sans pour autant absoudre qui que ce soit. Ce crime collectif du 11 novembre est monstrueux.
Pour ce qui est de trouver une explication logique ou rationnelle à la folie qui consiste à tuer des hommes par centaines de milliers, ou en se suicidant, je n'en vois pas ; ça me dépasse complètement. Il faut chercher ailleurs, chercher plus profond les sources de l'incompréhension, de la peur, de la haine jusqu'au meurtre. Les clés que donne Amine Maalouf me paraissent évidentes. Les mots de l'Abbé Pierre, dans son dernier livre, sur la pseudo croisade déclenchée par Bush (en fait par les neo-cons, les lobbies pétroliers et de l'armement américains) me semblent parfaitement clairs aussi. Et enfin, j'ai toujours en tête cette phrase de Tierno Bokar, un sage africain musulman : "Le mal doit être combattu par les armes du bien et de l'amour. Quand l'amour détruit un mal, ce mal est tué pour toujours. La force brutale ne fait qu'enterrer provisoirement le mal qu'elle veut combattre et détruire. Or le mal est une semence tenace. Une fois enterrée, elle se développe en secret, germe et réapparaît plus vigoureuse encore."
matthieu   Le 2007-09-11 18:43:18
Yves > "Chaque jour, des hommes, des femmes et des enfants meurent de faim en plus grand nombre que la totalité des victimes du 11 septembre". Ca c'est très fort comme argument. Et le mieux, c'est que ça marche avec tout. Tu peux dire ça à un copain qui a perdu sa femme, à un ami qui perd son père... Vraiment, c'est pratique, passe partout et très propre. Puis c'est un argument sérieux en plus. Comparer deux choses qui n'ont absolument rien à voir pour minimiser l'impact de l'une des deux...

Et puis, les bisous à Ben Laden qui clôturent ta réponse sont très mignons aussi.

En fait, tout est très joli. Le seul problème, c'est qu'on ne se situe absolument pas dans la sphère du réel.

Enfin, je dis ça, c'est mon avis...

Une dernière chose: les gens qui meurent de faim, OK, mais tu sais, les palestiniens, ils souffrent aussi.
Yves   Le 2007-09-11 19:02:13
Mathieu 1 > Je suis complètement con moi aussi. J'ai le travers de croire que les hommes rationnels, logiques, en quête de pouvoir ou de richesse, n'amènent le plus souvent que des destructions... et que certains poètes et doux dingues ont souvent l'effet contraire. Pour continuer sur ta dernière remarque, les américains ne sont pas évidemment pas venus en Irak pour apprendre la poésie ou faire de la danse du ventre. Ils sont venus pour le pétrole et pour tester des armes, en particulier des obus à uranium appauvri lors de la première guerre d'Irak, obus qui sont à l'origine de ce qu'on appelle le syndrome du golfe chez les anciens combattants, d'une explosion des cancers dans les populations qui vivent dans les zones où ont eu lieu les combats, de naissances de gosses totalement difformes...

Mathieu 2 > Ni démagogie, ni bisou à Ben Laden; tu comprends ce que tu lis comme tu veux. C'est ton problème.

Thierry   Le 2007-09-12 00:57:36
Je ne suis pas du tout d’accord avec le billet de Kalima et je rejoindrais plutôt la position de Yael. Pour Kalima, l’Occident, en démystifiant le réel, causerait son malheur (la perte des valeurs) et celui des autres cultures qui, en réaction, seraient fondées à le combattre. Ce raisonnement me semble aussi absurde que dangereux et je ne vois pas au nom de quoi l’occident devrait « revoir son rapport au monde » : il n’est ni meilleur ni pire qu’un autre. Que la science — puisque Kalima l’évoque — démystifie le réel est incontestable : c’est son objet même ! Elle remet en cause certaines valeurs et des croyances d’un autre âge, c’est certain. Pour autant, la connaissance scientifique serait-elle moins souhaitable que la crédulité ? Et dans ce cas, comment regretter en même temps que les progrès techniques et scientifiques soient mal partagés ? Il faut choisir…
Et puis, qui enlaidit le monde ? L’astronaute qui pose le pied sur la lune, ou le fanatique qui, voyant ses « valeurs » remises en cause, assasine des milliers d’innocents en précipitant un avion de ligne contre une tour ?
yves   Le 2007-09-12 09:35:08
Thierrry > il est toujours étonnant de constater qu'on peut lire un texte et le comprendre de manière différente, voire totalement contraire. Kalima ne parle pas de relation directe de cause à effet. Il parle simplement "d'une cause parmi d'autres des malentendus entre l'islam et l'occident". Par ailleurs Il ne justifie en aucune manière l'injustifiable. Je crois qu'il cherche à comprendre où sont les causes d'incompréhension entre deux mondes, pourquoi des populations ont fini par s'arc-bouter avec une extrême violence sur des explications d'il y a 14 siècles, et par se déconnecter de la marche du monde. Il y a là un problème crucial, qui nous concerne avec le terrorisme, mais qui concerne au premier chef le monde musulman où sévissent de très importants courants fascistes, réactionnaires, prétendument religieux.
Ce qui m'a touché dans ses mots, et si j'ai l'impression de comprendre ce qu'il dit, c'est que j'ai assisté, enfant, aux premiers pas de l'homme sur la lune à la télé : j'étais émerveillé naturellement. Une de mes grand-mères était à côté de moi ; elle a eu quelques mots désabusés : tout cet argent qui a été dépensé aurait été plus utile s'il avait été employé pour soulager la misère. Il n'y a "rien" sur la lune.
kalima   Le 2007-09-12 21:44:25
Le propre d'une parabole (ou d'un conte) c'est sa polysémie, chacun la comprend (ou ne la comprend pas) suivant ses à priori et sa sensibilité. En lisant les commentaires sur ce blog je constate que ma parabole sur le 11 septembre n'échappe pas à cette règle.

Face à l'inflation des théories et thèses sur les causes du malentendu entre une partie de l'Occident et une partie des musulmans, j'ai voulu utiliser un autre registre plus poétique et moins barbant.

A lire attentivement mon analyse, je n'ai épargné ni les uns ni les autres. Mais ceci échappe à certains esprits.

Ce qui est drôle, c'est que lorsque j'ai publié mon billet pour la première fois dans Libé, il y a quelques années, j'ai reçu des réactions négatives des deux côtés, des Musulmans comme des Européens. Mais aussi des réactions positives.

J'ai l'habitude maintenant de bousculer les idées dans les deux camps, et cela me conforte dans mes positions, déranger les uns et les autres puisque je reste convaincu que la laideur est des deux côtés comme la beauté d'ailleurs.
Thierry   Le 2007-09-13 04:09:57
D'accord, j'ai certainement mal compris le texte de Kalima, et je me suis peut-être attaché à un unique aspect sans voir le propos dans sa globalité. C'est le risque encouru lorsque l'on réagit à chaud !
un certain esprit donc   Le 2007-09-15 15:31:33
Je ne suis juste pas certaine que la parabole soit le style qui s'impose alors, Car s'il s'agit de deranger les esprits, de faire ressortir les a priori des uns et des autres, pour dire, au final que la beauté et la laideur eh ben c'est des deux côtés,d'abord....

j'ai effectivement rien compris.
Marie-Aud   Le 2007-09-28 01:36:10
Découvrir la place de la Lune pour les nomades et les musulmans a été une des clés qui m'a permis de comprendre un peu ce monde. L'Ayour des berbères est devenue une compagne. Merci pour ce beau texte :)

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